• Depuis longtemps, je cherche trésors dans les livres. Quelle étrange folie? Oui, je me nourris de poèmes ou d'extraits et vais cueillir sur les étagères tous les fruits qui me sont essentiels . Depuis le temps, j'aurais pu apprendre par coeur les vers que je préfère et les déclamer sur le marché. Mais lesquels?

    Pour la seconde partie du rendez-vous de lecture de mon association qui a lieu dans quelques heures, j'ai pris dans ma haute bibliothèque, une anthologie achetée d'occasion :
    

    "Conversations amoureuses" aux Editions Géraldine Martin
    Comme je l'avais fait, et c'est un rituel - non une manie, je l'espère - lors de ma première découverte et là, maintenant pour ce soir : j'ai ouvert ce livre en choisissant un poème au hasard. Je suis tombée en profondeur sur ce poème d'Aragon que je n'avais encore jamais lu. J'avais été fascinée par "Les yeux d'Elsa", reconnaissant les vers sans les avoir même retenus un jour mais ce jour, à cet instant propice, je suis tout simplement comblée de poésie. Le voici, pour vous :

    Donne-moi tes mains pour l'inquiétude
    Donne-moi tes mains dont j'ai tant rêvé
    Dont j'ai tant rêvé dans ma solitude
    Donne-moi te mains que je sois sauvé

     

    Lorsque je les prends à mon pauvre piège
    De paume et de peur de hâte et d'émoi
    Lorsque je les prends comme une eau de neige
    Qui fond de partout dans mes main à moi


    Sauras-tu jamais ce qui me traverse
    Ce qui me bouleverse et qui m'envahit
    Sauras-tu jamais ce qui me transperce
    Ce que j'ai trahi quand j'ai tressailli


    Ce que dit ainsi le profond langage
    Ce parler muet de sens animaux
    Sans bouche et sans yeux miroir sans image
    Ce frémir d'aimer qui n'a pas de mots


    Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent
    D'une proie entre eux un instant tenue
    Sauras-tu jamais ce que leur silence
    Un éclair aura connu d'inconnu


    Donne-moi tes mains que mon cœur s'y forme
    S'y taise le monde au moins un moment
    Donne-moi tes mains que mon âme y dorme
    Que mon âme y dorme éternellement.

    Extrait du "Fou d'Elsa",
    Édition Gallimard

    (collection Blanche)

    Site : Poésie.net


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  • XLI

     

    Deux vrais amis vivaient au Monomotapa :

    L'un ne possédait rien qui n'appartînt à l'autre :

    Les amis de ce pays-là

    Valent bien dit-on ceux du nôtre.

    Une nuit que chacun s'occupait au sommeil,

    Et mettait à profit l'absence du Soleil,

    Un de nos deux Amis sort du lit en alarme :

    Il court chez son intime, éveille les valets :

    Morphée avait touché le seuil de ce palais.

    L'Ami couché s'étonne, il prend sa bourse, il s'arme ;

    Vient trouver l'autre, et dit : Il vous arrive peu

    De courir quand on dort ; vous me paraissiez homme

    A mieux user du temps destiné pour le somme :

    N'auriez-vous point perdu tout votre argent au jeu ?

    En voici. S'il vous est venu quelque querelle,

    J'ai mon épée, allons. Vous ennuyez-vous point

    De coucher toujours seul ? Une esclave assez belle

    Etait à mes côtés : voulez-vous qu'on l'appelle ?

    - Non, dit l'ami, ce n'est ni l'un ni l'autre point :

    Je vous rends grâce de ce zèle.

    Vous m'êtes en dormant un peu triste apparu ;

    J'ai craint qu'il ne fût vrai, je suis vite accouru.

    Ce maudit songe en est la cause.

    Qui d'eux aimait le mieux, que t'en semble, Lecteur ?

    Cette difficulté vaut bien qu'on la propose.

    Qu'un ami véritable est une douce chose.

    Il cherche vos besoins au fond de votre coeur ;

    Il vous épargne la pudeur

    De les lui découvrir vous-même.

    Un songe, un rien, tout lui fait peur

    Quand il s'agit de ce qu'il aime.

     

     

    Fables de Jean de La Fontaine

    (1621-1695)

     

     

     


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