• "Lettre du 18/01/1915" sur le métier de poète (extr.) de G. Apollinaire

    "Nîmes, le 18 janvier 1915

    (…)

    Maintenant, je te prie de ne plus me chiner sur le métier de poète. Je sais bien que c’est gentiment mais c’est une habitude que tu prendrais facilement. D’abord être poète ne prouve pas que l’on ne puisse faire autre chose. Beaucoup de poètes ont été autre chose et fort bien – (je t’écris à la cantine – excuse ce papier, Lou chéri –). D’autre part, le métier de poète n’est pas inutile, ni fou, ni frivole. Les poètes sont les créateurs, (poète vient du grec et signifie en effet créateur et poésie signifie création) – Rien ne vient donc sur terre, n’apparaît aux yeux des hommes s’il n’a d’abord été imaginé par un poète. L’amour même, c’est la poésie naturelle de la vie, l’instinct naturel qui nous pousse à créer de la vie, à reproduire. Je te dis cela pour te montrer que je n’exerce pas le métier de poète simplement pour avoir l’air de faire quelque chose et de ne rien faire en réalité. Je sais que ceux qui se livrent au travail de la poésie font quelque chose d’essentiel, de primordial, de nécessaire avant toute chose, quelque chose enfin de divin. Je parle de ceux qui, péniblement, amoureusement, génialement, peu à peu peuvent exprimer une chose nouvelle et meurent dans l’amour qui les inspirait. Voilà, Lou, encore une lettre trop longue, si tu la lis, bien, sinon je me vengerai en poète, c’est-à-dire divinement et tu sais que la vengeance est le plaisir des dieux. Je t’aime mon Lou, mais je suis fâché que dans tes lettres de maintenant tu sembles moins fortement à moi, ce semble, qu’il y a quelques jours. Mais je suis content tout de même en prévision de la permission.

    Je t’aime, Amour.

    Gui."

     

     

    Guillaume Apollinaire, "Lettre du 18 janvier 1915" (extraits) dans Lettres à Lou, Collection "L’Imaginaire", © Éditions Gallimard, 1990.

     

    N.B. Une participante de notre rdv lecture mensuel Nanterre Poévie a commencé la soirée avec cette letttre... Quel beau partage!

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  • Commentaires

    2
    Samedi 2 Avril 2011 à 16:14
    Tibicine

    Bonjour Suzâme...Tu sais que pour moi, poète est avant une disposition de l'esprit, un caractère, une âme liée à la poésie...Je n'ai pas peur de me qualifier de poète ; ceux qui me connaissent savent bien pourquoi, ceux qui ne me connaissent pas en pensent ce qu'ils veulent! Je t'embrasse Amie. Tibicine

    1
    Vendredi 1er Avril 2011 à 21:02
    m'annette

    poète ou poétesse, en  ce qui me concerne, ces mots me font peur...
    Je me contente d'écrire avec mes mots et le lecteur en fait ce qui lui plaît, et j'avoue attendre une réponse du regard de l'autre, quand il est sincère...

    je me fais plaisir, j'essaie de me perfectionner, n'est-ce pas l'essentiel???

    Bonne soirée

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