• Aragon : Les mains d'Elsa

    Depuis longtemps, je cherche trésors dans les livres. Quelle étrange folie? Oui, je me nourris de poèmes ou d'extraits et vais cueillir sur les étagères tous les fruits qui me sont essentiels . Depuis le temps, j'aurais pu apprendre par coeur les vers que je préfère et les déclamer sur le marché. Mais lesquels?

    Pour la seconde partie du rendez-vous de lecture de mon association qui a lieu dans quelques heures, j'ai pris dans ma haute bibliothèque, une anthologie achetée d'occasion :
    

    "Conversations amoureuses" aux Editions Géraldine Martin
    Comme je l'avais fait, et c'est un rituel - non une manie, je l'espère - lors de ma première découverte et là, maintenant pour ce soir : j'ai ouvert ce livre en choisissant un poème au hasard. Je suis tombée en profondeur sur ce poème d'Aragon que je n'avais encore jamais lu. J'avais été fascinée par "Les yeux d'Elsa", reconnaissant les vers sans les avoir même retenus un jour mais ce jour, à cet instant propice, je suis tout simplement comblée de poésie. Le voici, pour vous :

    Donne-moi tes mains pour l'inquiétude
    Donne-moi tes mains dont j'ai tant rêvé
    Dont j'ai tant rêvé dans ma solitude
    Donne-moi te mains que je sois sauvé

     

    Lorsque je les prends à mon pauvre piège
    De paume et de peur de hâte et d'émoi
    Lorsque je les prends comme une eau de neige
    Qui fond de partout dans mes main à moi


    Sauras-tu jamais ce qui me traverse
    Ce qui me bouleverse et qui m'envahit
    Sauras-tu jamais ce qui me transperce
    Ce que j'ai trahi quand j'ai tressailli


    Ce que dit ainsi le profond langage
    Ce parler muet de sens animaux
    Sans bouche et sans yeux miroir sans image
    Ce frémir d'aimer qui n'a pas de mots


    Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent
    D'une proie entre eux un instant tenue
    Sauras-tu jamais ce que leur silence
    Un éclair aura connu d'inconnu


    Donne-moi tes mains que mon cœur s'y forme
    S'y taise le monde au moins un moment
    Donne-moi tes mains que mon âme y dorme
    Que mon âme y dorme éternellement.

    Extrait du "Fou d'Elsa",
    Édition Gallimard

    (collection Blanche)

    Site : Poésie.net

    « "Ecrire pour ne pas mourir" par et d'Anne SylvestrePetits dialogues ordinaires : Entre la vieille et le jardinier »

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  • Commentaires

    10
    Samedi 14 Avril 2012 à 11:35
    lepharedesmots

    Quelle beauté dans ces vers !

    9
    Vendredi 13 Avril 2012 à 10:48
    adamante

    "ce frémir d'aime qui n'a pas de mots"...    une envie de le relire, il n'y a pas loin à aller. Merci de ce partage Suzâme, il fait le matin heureux.

    8
    Jeudi 12 Avril 2012 à 18:43
    flipperine

    des mains pour bâtir le monde

    7
    Jeudi 12 Avril 2012 à 12:36
    Plume

    Je ne connaissais pas ce poème ... il est si fort, si bouleversant !

    Merci Suzâme pour cette belle déclaration d'amour .

    Bisou, Plume .

    6
    Jeudi 12 Avril 2012 à 08:34
    Catheau

    Aragon : il m'accompagne depuis des années et Marc Ogeret le chante avec tant d'âme !

    5
    Mercredi 11 Avril 2012 à 21:38
    Esclarmonde

    C'est magnifique, bouleversant, merci pour ce partage !! Bises

    Esclarmonde

    4
    Fab
    Mercredi 11 Avril 2012 à 19:08
    Fab

    Beau !

    3
    Mercredi 11 Avril 2012 à 18:55
    jill-bill.over-blog.

    Bonsoir Suzâme... C'est d'une profondeur, d'un amour très fort...  je connaissais le titre mais n'avait jamais lu... Voilà chose faite !  Merci....

    2
    Mercredi 11 Avril 2012 à 18:41
    Monelle

    Tout comme toi j'avais lu les yeux d'Elsa mais ne connaisssais pas ce poème. Aragon était vraiment un amoureux fou d'Elsa !! Merci de l'échange et bonne soirée !

    Bisous

    1
    Mercredi 11 Avril 2012 à 18:22
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